FN : 1972 enfance. 1986 arrogance. 2002 chance. 2015 attirance. 2017 ?

D’Ordre Nouveau au Front National c’est le trajet qui a en 46 ans propulsé le groupuscule d’extrême droite qu’était Ordre Nouveau en 1971 à devenir aujourd’hui en 2017 le premier parti de France sous le nom de Front National.

Cette histoire n’est pas née de rien, ce sont les événements d’Algérie qui ont permis à l’extrême droite Française, totalement laminée après la guerre en 1945 de regrouper d’anciens nostalgiques du régime de Vichy avec de nouveaux militants de l’Algérie Française, indisposés par la stratégie d’Indépendance de l’Algérie actée par De Gaulle. Ce sont donc des Vichystes et des OAS qui forment en 1971 le gros des quelques 3000 militants d’Ordre Nouveau le parti alors dirigé par un certain Jean François Galvaire.

1972 : l’enfance

Ordre Nouveau change de nom à son deuxième congrès en 1972. Il devient Front National, et c’est l’ex jeune et bouillant député Poujadiste élu en 1956, combattant de l’Algérie Française, Jean Marie Le Pen qui en prend la direction.  Le FN s’appelle alors Front National pour l’Unité Française. Sa stratégie est axée sur le rassemblement des forces électorales de la droite sous la bannière des thèses Nationalistes, pour faire face au RPR Rassemblement Pour la République de De Gaulle.

Le FN fait sa première apparition électorale lors des Législatives de Mars 1973.  On assiste alors à la représentation de son logo la flamme tricolore sur ses bulletins. Ce premier round électoral est un échec qui ne rassemble que 108 000 voix, sur la France entière,  soit 0,52% des suffrages exprimés. Seul son président Jean Marie Le Pen, avec ses qualités de tribun, dans la 10eme circonscription de Paris réalise le meilleur résultat du FN avec 5,22% de voix.

Immédiatement après lors des Présidentielles de 1974 Jean Marie Le Pen se présente comme candidat de la droite «nationale, populaire et sociale»  sur une argumentation ou il stigmatise l’immigration étrangère,  il recueille un médiocre 0.75% qui lui permet tout de même d’endosser médiatiquement le dossard de leader de l’extrême droite Française.

Aux Législatives de 1978, c’est le véritable idéologue du Front National, son secrétaire général Jean François Duprat qui tisse l’argumentaire et les slogans de campagne.  Le thème essentiel est le danger de l’immigration et l’on assiste aux premiers slogans en ce sens, dont celui qui est toujours utilisé aujourd’hui «Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés en trop». Le FN ne recueille malgré sa campagne très active que 0.33% de voix au 1er tour.

En 1981 aux Présidentielles Jean Marie Le Pen ne parvient pas à réunir les 500 signatures qui lui auraient permis de se présenter.  Les trois échecs des législatives de 1973 et de 1978, et celui de la Présidentielle de 1974, ont placé le FN à son étiage de militants avec les caisses vides.   Les Législatives de 1981 qui ont immédiatement suivi la Présidentielle remportée par Mitterrand voient le FN changer de tactique en prenant une image et une posture encore plus nationaliste. L’invention de la fête Bleu Blanc Rouge veut être sa réponse d’extrême droite à la fête de l’Humanité organisée par le Parti Communiste.  Les Législatives de 1981 n’ont pas été un succès, mais elles ont vu l’apparition de deux slogans encore employés aujourd’hui la «préférence nationale» et «Les Français d’abord».  Malgré ces échecs électoraux le FN s’enracine, et devient de plus en plus un parti auto centré autour de son leader incontesté Jean Marie Le Pen.

1986 : l’arrogance

Les Législatives de 1986 sont l’envol électoral.  Il doit pour cela un grand merci à François Mitterrand qui a stratégiquement pour atténuer la défaite électorale prévue pour son parti le PS, instauré la proportionnelle intégrale, avec en plus l’augmentation du nombre de députés.  Ce sont 35 députés Front National qui entrent à l’assemblée Nationale avec Jean Marie à leur tête.  Les Pyrénées Orientales voient un député FN élu en la personne de Pierre Sergent. Les Législatives 1986 sont le vrai envol électoral du FN et de Jean Marie Le Pen.

Le leader Jean Marie Le Pen est un excellent orateur, un terrible débatteur, mais aussi un abominable gaffeur.  Ses tirades sur « le détail de l’histoire des chambres à gaz » et autres broutilles jugées et condamnées mettent fin a la progression du FN .  De plus une crise interne est ouverte avec la Vizir Bruno Mégret qui voulait ravir la place de Calife à Jean Marie.  L’un axait la stratégie sur une alliance possible avec le RPR l’autre n’en voulait pas.  Résultat exclusion de Mégret qui fonde sans grand succès le MNR Mouvement National Républicain.

2002 : la chance

Arrivent les Présidentielles de 2002.  Cette fois c’est la chance qui donne le coup de pouce à Jean Marie Le Pen.  La multiplication de candidatures à gauche, pénalisent le score de Lionel Jospin, lequel pour 194.600 voix laisse la deuxième place d’accès au second tour a Jean Marie Le Pen. Ce qui fut un cataclysme à gauche, a été un redynamisant pour le FN qui bien que perdant très largement au second tour contre Chirac, endossait le maillot de Parti National d’opposition. La Présidentielle 2002 place le FN comme la troisième force politique en France.

2003 n’est pas une année électorale, mais c’est tout de même une année importante pour le FN.  C’est en janvier 2003 que la toute jeune avocate Marine Le Pen fraîchement émoulue de l’université entre au FN embauchée comme salariée au poste spécialement créé pour elle du service juridique.  Très rapidement elle entre également au bureau politique du parti qui devient ainsi de plus en plus une affaire familiale Le Peniste.  Elle se charge alors de l’opération dédiabolisation du FN, en instaurant une stratégie en ce sens, qui dérange l’encadrement du Parti auquel le père l’impose tout de même comme Vice Présidente.  En 2005 c’est Louis Aliot qui est nommé secrétaire général du Parti.

En 2011, au congrès de Tours qui voit le retrait de jean Marie Le Pen de sa Présidence active qu’il assumait depuis 1972,  c’est après 8 années de Vice Présidence, que Marine Le Pen ‘arrache’ face à Bruno Gollnisch  la Présidence du parti Frontiste avec 67,65 % des voix des 22403 militants dont 17127 s’étaient exprimés par un vote par correspondance.

Aux Présidentielles de 2012 c’est la nouvelle Présidente du FN Marine Le Pen qui est candidate. Son score honorable de 17,90% des voix au premier tour, ne la qualifie pas pour le second, mais ce résultat confirme l’efficacité de sa stratégie de dédiabolisation.  L’arrivée de Florian Philippot confirme la stratégie de normalisation dédiabolisation, mais crée tout de même des tensions internes avec la Nièce Marion-Maréchal Le Pen et Bruno Gollnish qui sont porteurs d’une stratégie beaucoup plus doctrinale.

Arrivent les Municipales de 2014. Le FN gagne 13 municipalités en 2014.  Louis Aliot le compagnon de Marine accède au poste de Vice Président et y gagne le surnom de Louis La Purge, du fait des nombreuses exclusions qu’il assène pour éliminer tout militant allant à l’encontre de la ligne étable par Marine Le Pen. La stratégie de diabolisation continue, les mots changent sans pour autant changer les idées qu’ils expriment. C’est ainsi que par exemple la trop rugueuse «préférence nationale» se transforme en beaucoup plus lisse «priorité nationale».  Parallèlement au changement de vocabulaire, l’ex Chevenementiste Florian Philippot lui aussi Vice Président, apporte un discours empreint de démagogie économique et sociale qui permet au FN de chasser sur les terres électorales de l’extrême gauche.

2015 : l’attirance

2015 et les élections Européennes par leur forme proportionnelle et les thèmes de campagne qu’elle permet, assurent au FN un succès qui lui permet par son score de 24.86% et 24 députés Européens élus de se déclarer 1er Parti Français devant la PS et l’ UMP.  Ce scrutin Européen lui ouvre des financements et stabilise son implantation.  Son argumentaire anti Européen et anti immigration a eu écho avec celui des autres partis Européen d’extrême droite.

2015 c’est aussi l’année de la tragédie familiale qui voit Marine exclure son propre pére fondateur et Président honoraire de son propre parti.  A parti familial correspond bien sur aussi drame familial.

2015 est vraiment une excellente année pour le FN qui voit son meilleur score réalisé lors des élections régionales.  Le FN confirme sa place de 1er parti de France en obtenant au 1er tour des régionales 27,73% des voix et en étant en tête dans six régions sur 13.  Au second tour aucune région n’est remportée, mais le nombre d’élus est triplé par rapport à 2010.  2015 est le tremplin idéal vers la Présidentielle de 2017, dés lors objet unique des pensées du FN.

2017 : ?  Suite ou fin ?

2017 le 23 avril.  Marine est qualifiée pour le second tour Présidentiel.  Seule petite déception, mais tout de même très révélatrice, elle arrive en deuxième position, alors que son objectif et les scrutins précédents semblaient lui assurer la 1ere place.  Autre fait nouveau ce ne sont plus les vieux partis de l’ UMPS qu’elle a face a elle, mais un nouveau ‘truc’ qu’elle a du mal a cerner et qui échappe au clichés politiques traditionnels.   Cette fois elle a face a elle non pas un Européen honteux, mais un Européen fier de l’être et confiant en l’avenir de l’Europe. Cette fois elle n’a pas un vieux politique au cuir tanné par 40 ans de carrière, elle a un jeune politicien de 39 ans d’âge et de 3 ans de politique, n’ayant jamais auparavant participé à un scrutin.  C’est cette nouveauté que Marine va devoir contrer, avec ses arguments façonnés pour une toute autre variété d’adversaires.

D’un coup d’un seul, la jeune candidate du FN avec ses 49 ans parait bien vieille face aux 39 ans de Macron, mais aussi face a la vision de l’avenir qui oppose l’héritière du parti de 1972 fondé par son père Jean Marie, et le parti En Marche fondé il y a juste douze mois.

Finalement l’avenir est fuyant, et on trouve toujours plus jeune que soi pour le représenter, surtout quand comme elle on prétend affronter l’avenir avec des solutions et un parti du passé.

C’était bien sur très rapidement survolé l’histoire de la naissance, l’adolescence, la croissance, l’apogée et peut être la limite finale du Front National,  un parti familial face à l’avenir de la France.

 

 

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